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Du sang et des armes
 
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 Voyage d'étude

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MessageSujet: Voyage d'étude   Mer 6 Fév - 16:14

Ce que les citadins ignorent, c'est la façon dont le froid circule. Laissez-lui un interstice minuscule, une fente dans la roche, un simple courant d'air à chevaucher : il envahira tout. C'est un tyran invisible, implacable, immortel. Eufrasien était venu dans le nord pour étudier la guerre lointaine entre les Thunks et les Piorads. Son maître, l'empereur de Pôle, voulait savoir où en était la vendetta. C'était une question facile en fait : c'était le froid le vainqueur. Les autres ne faisaient que s'agiter pour se réchauffer un peu.


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Eufrasien se redressa en tremblant. Son regard, à présent habitué à la pénombre décela les regards braqués sur lui depuis les hauteurs. Il se trouvait à l'évidence sous terre, dans une vaste fosse circulaire. Large d'au moins dix mètres, elle avait été taillée dans la roche même avec une finesse inattendue en ces terres sauvages. Il se surprit à se demander comment un tel travail avait pu être effectué, et par qui ?

" Te voila perdu dans le grand nord, aux mains d'une tribu de fou sanguinaires après le massacre de ton escorte. Félicitations Eufrasien, c'est un très bon moment pour penser à l'architecture, tu as raison ! Et puis continue à parler tout seul, cela va sûrement t'aider ".

Au son de sa voix, les hommes amassés au dessus de lui s'agitèrent. Ils commencèrent à se masser le long de la fosse. Plusieurs torches s'enflammèrent et furent jetés près de lui, tapissant les parois de lumières dansantes. Le jeune Dérigion aperçut les hommes les plus proches et frémit. Trapus et massifs, bien que Thunks à première vue, ils portaient sur leur visage tous les signes d'une dégénérescence. Ils agitaient vers lui des bras trop longs en d'amples mouvements débiles.

" Ces 'débiles' ont massacré dix soldats d'élite à coups de massue, alors un peu de respect mon garçon ! Bien, premières questions : que veulent-ils, et pourquoi m'avoir amené ici ? "

De l'autre côté de la fosse, un bruit de rocaille se fit entendre. Dans un lent raclement, un pan de roche s'affaissa pour révéler un tunnel. Après un instant de profond silence, des pas lourds résonnèrent, suivis d'un hurlement bestial. Eufrasien soupira, abattu, et rangea ses lunettes dans leur étui. Les spectateurs commencèrent à s'interpeler, riant ou grognant. Au final, ce furent de véritables hourras qui accueillirent l'approche de la bête.

" Résumons : je quitte ma cité, je parcoure 250 polacs, j'escalade les montagnes de glace et je visite les pays piorads et thunks. Tout ça pour finir dans l'arène la plus primitive de Tanaephis, alors que ma famille possède les meilleurs esclaves gladiateurs de Pôle ! Ce n'est pas simplement ridicule, c'est carrément pathétique … "

La créature qui s'extirpa du boyau de ténèbres avait pu être un homme autrefois. A présent, une musculature inhumaine saillait sous un épais pelage noire. Tout cela lui donnait l'air d'un croisement contre nature, le bâtard d'un Piorad et d'un loup. Se redressant lentement, la chose exposa son corps hideux avant de hurler de colère. Eufrasien se croyait déjà au comble de l'horreur, quand le monstre brandit une lourde hache noire, marquée de larges glyphes. Une Arme Dieu, sans aucun doute. Le jeune homme n'eut qu'une seconde pour se remettre de sa frayeur avant l'assaut.

Plus habitué à l'étude qu'au combat, Eufrasien n'espérait trouver son salut que dans la fuite. Lorsque la bête se rua sur lui, il sauta de coté, cherchant à contourner son adversaire. Esquivant à grand peine, il tomba presque sur une torche et les flammes lui léchèrent un instant le visage. Un mouvement instinctif le fit bondir en arrière, lui sauvant la vie : la hache s'abattit sur la torche une fraction de seconde plus tard. Reculant sans parvenir à se relever, il evita par pure chance les moulinets du monstre. La large lame l'effleura à plusieurs reprises, emportant à son dernier passage quelques uns de ses cheveux.

" … craint le feu ! Profites-en, ou tu es mort … "

La bête, folle de rage devant l'insistance du petit homme à éviter ses coups, brandit l'arme au dessus d'elle. Lorsqu'elle l'abattit, Eufrasien se jeta entre ses jambes à quatre pattes et se glissa dans son dos en gémissant de terreur. Il avait clairement entendu une voix l'interpeller. Ce pouvait-il qu'un des spectateurs ait pris son parti ? C'était fort peu probable. Pourtant, s'il y avait de l'aide à attendre, il ne se sentait pas en mesure de la refuser d'où qu'elle viennent. Une bouffée d'instinct frappa Eufrasien, et il recula d'un bond. Dans une horrible contorsion, la bête était parvenu à frapper devant lui presque sans se retourner. Le jeune homme crut un instant avoir réussi à se soustraire au coup, quand une vague de douleur jaillit de son bras. Cloué au sol par la hache, il vit sa main broyée entre la pierre et le métal.

" … m'entends oui ou non ? Il craint le feu, c'est la seule chose qu'ils ne comprennent pas ici … "

L'Arme lui parlait. C'est d'elle que jaillissait l'étrange cri grinçant. Eufrasien n'eut ni le temps de se demander pourquoi l'Arme trahissait son Porteur, ni ce qu'elle cherchait en réalité. La douleur et l'odeur du sang alourdissaient son corps, mais pas son esprit. Il lui fallait saisir cette chance de vivre. Tendant le bras, il agrippa une torche et fit volte-face. La bête, grognant d'aise après ce premier coup au but, armait déjà un nouveau coup de hache. Son cri ébranla la caverne quand la torche se plaqua sur son visage. Bondissant en arrière, elle offrit au jeune homme les quelques secondes dont il avait besoin pour s'emparer d'une autre torche. L'adrénaline envahissant chaque parcelle de son corps, la douleur dans sa main ne lui semblait plus qu'une ombre au coin de son esprit. Aussitôt, il se mit à avancer vers le monstre, agitant les torches en de larges cercles. Fixant les traits de lumières, le titan paraissait moins grand, moins dangereux aux yeux d'un Eufrasien galvanisé par la peur.

La terreur changea de camp en l'espace d'une seconde. Cherchant une issue, le monstre se tendit pour bondir vers les bords de la fosse, abandonnant son arme au sol. Lorsqu'il agrippa le premier rang des gradins, les hurlements des spectateurs changèrent de ton. Eufrasien se moquait de tout cela, le regard fixé sur l'Arme Dieu. Elle l'avait sauvé de la bête, mais il restait une tribu entière de Thunks à affronter, et les périls du nord. L'ombre d'un sourire couru sur ses lèvres.

" Comme si j'avais le choix … "


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" Elle s'appelait Frealisk. La hache je veux dire. C'était un mâle en fait, ou du moins pensait-il à lui-même comme à un homme. C'est assez étrange à expliquer, mais être Porteur rend les choses beaucoup plus simple.

Je ne portais pas simplement une arme magique, dont j'utilisais les capacités. Frealisk était une créature de passion autant que de métal. Le tenir me donnait accès à ses pensées, à ses désirs autant qu'à ses pouvoirs.

Il m'avait fait partager le souvenir de son arrivée dans le nord, et de sa rencontre avec les Thunks. Porté par un puisant guerrier, maître d'une troupe de mercenaire, il avait combattu les petits soldats des neiges, cherchant à leur extirper les secrets des mystérieuses cités naines. Plusieurs années de combat et d'embuscade avaient forgé une haine solide entre Frealisk et les Thunks. C'est au cours d'une poursuite que son porteur s'était aventuré sur le territoire des bavants. Cette tribu, mise au ban de la société Thunks après une sombre affaire de vols de femmes, s'était réfugiée dans la consanguinité, puis finalement la folie. Aujourd'hui composée d'hommes-bêtes idiots et brutaux, la tribu avait défait les mercenaires et emporté l'arme dans les ténèbres de leur antre.

Si une Arme peut, entre les mains d'un homme, imposer sa volonté et ses passions, elle est impuissante aux mains d'un débile. Incapable de trouver son chemin dans l'esprit brisé de son nouveau porteur, Frealisk avait pour la première fois connue la peur et l'enfermement. "

- A qui tu causes au juste ?

- Je suis désolé Frealisk, c'est une vieille habitude. Je parle souvent seul.

- Sauf que tu n'es pas seul. Evites de m'ignorer, je ne suis pas sûr d'apprécier. Et puis, tu racontes mon histoire là, et tu parles de moi au passé. Ca non plus, je n'aime pas trop.

- Une nouvelle fois, il faut m'excuser. Je réfléchissais à haute voix et je jetais les premières lignes de la chronique que j'écrirai sur notre rencontre. Ce sera un chef d'œuvre ! Et si inespéré …

- Attends ! Tu penses vraiment que nous allons perdre notre temps à écrire des bouquins ? Je suis un Dieu de Métal nom d'un polac ! Et j'ai envie de guerre et de sang. Je veux conquérir des cités et me vautrer sur l'or et les filles de mes ennemis ! Enfin, des trucs de ce genre, tu vois ….

- Oui, bien sur, et c'est ce que tu pourras faire dès que nous t'aurons trouvé un nouveau porteur. Moi de mon côté, je rentrerai à l'université, ou je raconterais à tous le plaisir et les frissons que procure le statut de Porteur.

- Frissons et plaisirs que tu abandonnes néanmoins sans hésiter … Pourquoi ?

- Parce que je suis un lâche, répondit Eufrasien avec un grand sourire.

- Oh …


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Nous regagnâmes Pôle après 4 mois de voyage. Nous avions trouvé une monture après une attaque de brigands, où je commis mon premier meurtre. La fin du voyage ne fut pas si désagréable, Frealisk et moi nous régalant mutuellement d'histoires et de vantardises.

On finit toujours, lorsque je raconte cette histoire, par me demander comment s'est passé notre séparation. Ma réponse est toujours la même : J'espère que cela se passera bien !

Comment aurais-je pu me résoudre à quitter mon nouvel ami ? Comment abandonner cette puissance, et renoncer du même coup à l'aventure et à la gloire ? J'ai presque cinquante ans aujourd'hui, je suis un vénérable, même dans ces calmes terres du sud. Je suis riche et malgré mon âge, encore craint par beaucoup. Quand je repense au jeune étudiant, au gratte-papier que j'étais en quittant Pôle, je souris et m'étonne qu'il ait survécu jusqu'aux terres gelées du Grand Nord.

Mon plus jeune fils est mieux préparé que moi. Il a étudié l'art du combat autant que les lettres, et lorsque je lui confierai mon Arme, un homme dangereux fera son entrée. Frealisk est impatient de parcourir le monde à son coté. Pour parler vrai, je n'aimerais pas me retrouver sur leur chemin.
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