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Du sang et des armes
 
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 L'histoire de Clébard

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MessageSujet: L'histoire de Clébard   Mar 12 Fév - 18:53

C’est une soirée d’automne morne à l’auberge des deux amphores. Dehors la nuit est brumeuse et humide. A cinq pas de la porte, la rue se perd dans un épais coton grisâtre. Oubliées les autres rues de Pôles aux alentours, oubliées les murailles toutes proches qui, la veille encore, dégoulinaient du sang des guerriers tentant, qui de prendre pied sur le parapet pour envahir la ville, qui de repousser les barbares du nord pour protéger leurs foyers. On aurait tout aussi bien pût se trouver n’importe où ailleurs. De toutes façon, après une longue et dure bataille les survivants ont tous le même regard, la même lassitude où qu’ils vivent.

La salle de l’auberge, que l’on ne peut décemment pas qualifier de grande salle, accueille une population hétéroclite. Cinq mercenaires, dont deux porteurs d’Armes, le patron et sa famille, deux filles de joie ayant fuie le brouillard et les trois éternels piliers de comptoir des deux amphores.

L’ambiance est lourde, chargée du souvenir des disparus, et de la mort trop souvent frôlée de bien trop près. Même les chopes de bière ou de siffan ne semblent pas vouloir détourner les esprits de leurs lugubres cogitations. Pierre, le fils de l’aubergiste n’en peut plus. A peine un adulte il vient, pour la première fois de sa vie de participer à la défense de son quartier. Il s’en est tiré avec quelques blessures légères et il ne veut plus penser au monceau de cadavres qu’il a contemplé et dont certains étaient des amis d’enfance. Il interpelle un des porteurs d’Arme auprès de qui il a passé le plus clair des combats.

- Gaétan, je t’en pris…. Demande lui de nous raconter quelque chose. Ce silence m’étouffe.

Lui, c’est Copperfangs, l’Arme-Dieu de Gaétan. Un bouclier de métal cuivré forgé en forme de visage monstrueux. Il est pour l’heure appuyé sur le mur, juste à côté de son jeune porteur, un alweg musclé et beau garçon. Ce dernier pousse un soupir. Après tout pourquoi pas. Il tourne le regard vers son Arme et lui parle très certainement par ce lien invisible qui les unit. La réaction ne se fait pas attendre.

Les mâchoires bardées de croc ornant le bas du bouclier frémissent. Pendant un instant elles semblent lutter avec elles-mêmes, comme si elles devaient se convaincre qu’une bouche de métal peut s’ouvrir et former des sons. Après quelques secondes de cette gymnastique une voix masculine aux accents métalliques emplit la salle.

- Puisqu’on en appelle au conteur, soit. Que voudriez vous entendre comme histoire ?

- Une histoire qui nous change de ces boucheries, répond Pierre avant de baisser les yeux sur sa siffan, craignant de se faire traiter de femmellette par un des mercenaires.

- Tu sais, jeune homme, répond l’Arme, il n’y a très peu d’histoire, dans ce bas monde, qui ne contiennent leur lot de sang versé. Et ces histoires là je ne les connais pas.

- Même les histoires d’amour, hasarde une des filles de joie ?

- En particulier les histoires d’amour ma jolie. J’en connais plein et dans toutes la violence s’invite à un moment ou un autre.

- Qu’importe. Racontez-nous une histoire d’amour, Copperfangs. Mais si elle est violente cela nous changera des massacres stupides de ces derniers jours.

C’est l’autre porteur d’Arme qui vient de parler ; en l’occurrence d’une femme qui a tous les atours d’une jeune mère de famille et se nomme Clarisse. Sa présence semble incongrue au côté de guerriers de métier. Mais elle porte une Arme. Ca change tout.

La veille un groupe de piorads a réussi à passer le mur et attaquer sa maison qui faisait office d’infirmerie. Un sursaut salvateur de son instinct de survie lui a fait arracher une épée des mains d’un mourant. L’arme c’est révélée être un dieu incarné. Grâce à elle Clarisse a survécu aux combats, mais son mari et son fils sont morts. Elle porte encore sur le visage les stigmates de sa douleur mais son regard se perd fréquemment dans la contemplation des arabesques gravées sur la lame de son Arme, posée devant elle.

- Je vois, répond le bouclier, songeur. Dans ce cas là je vais vous raconter l’histoire de Clébard.

Toutes les oreilles se tendent alors vers Copperfangs. Tous, même le plus imbibé des pochetrons présents, se sent déjà captivé par la voix de l’Arme, car tel est son talent.


--------------------------------------------------------------------------------

Clébard était né dans un village de bouseux. Un de ces bleds qui, il y a plusieurs décennies de cela, faisaient partie des terres dérigionnes mais qui avaient été absorbés depuis par l’avancée de l’empire vorozion. Pour les paysans du coin ça ne changeait pas grand-chose. Ils trimaient toujours aussi dur pour faire pousser leurs récoltes et élever leur bétail. Les collecteurs d’impôts n’avaient plus la même tête ; ils leur rabachaient qu’eux tous étaient maintenant des citoyens égaux et libres du grand empire vorozion. Mouais, ça leur faisait une belle jambe.

S’il y avait une personne dans ce trou perdu pour qui se changement signifiait encore moins que pour les autres c’était bien Clébard. Aux yeux des gens du village ce petit gars ne valait pas mieux qu’un chien. Alors franchement, égal et libre, ça n’était pas pour lui.

Clébard devait son sobriquet à sa gueule. Il avait en guise de nez une masse de chair écrasée qui donnait à son visage un aspect difforme et vaguement canin. Ses yeux, un peu trop petits, n’avaient pas vraiment l’air humains non plus. Des gens érudits, en d’autres lieux, l’auraient sûrement appelé hysnaton ; pour les gens du village c’était juste Clébard, l’homme-chien.

L’accouchement avait été particulièrement difficile et sa mère n’y avait pas survécu. Horrifié par l’aspect de Clébard, son père ne put jamais se résoudre à le considérer comme son enfant. De toute façon personne dans le village n’aurait témoigné la moindre sympathie pour un bébé aussi laid. Et en plus il avait tué sa mère. Sa vie commençait sous de bien sinistres auspices.

Malgré le manque de soins dont il fut l’objet, le bébé survécut. Il était peut être laid à faire peur, mais il était de constitution robuste. Les vieilles du village disaient d’ailleurs que c’était parce qu’il avait volé la vie de sa pauvre mère en naissant. Malgré leurs exhortations le père de Clébard ne put se résoudre à le tuer purement et simplement. Bien que ce ne fut qu’un nouveau-né il avait peur de l’enfant. Il redoutait d’être frappé par une quelconque malédiction s’il mettait fin à ses jours.

Le temps passant le paysan pris un nouvelle femme, qui lui donna des enfants sains et mignons comme peuvent l’être des rejetons de bouseux. Et pendant ce temps Clébard grandissait, à moitié traité comme un débile et à moitié comme un animal. Il n’avait pas le droit d’approcher de la maison, il devait se contenter de vivre dans les étables, avec le bétail et les chiens, partageant leur pitance et leur chaleur. Les enfants le craignaient et lui jetaient des pierres pour l’éloigner de leurs jeux. Et c’est ainsi que passèrent les premières années de sa vie, tel un corniaud galeux dont on tolère à peine la présence. Fallait il qu’il soit vigoureux pour avoir survécu de la sorte.

Très tôt on lui donna des petits boulots à faire. Oh, rien de difficile ou d’important, juste des taches dégradantes et difficiles dont personne ne voulait. Alors qu’il devenait adolescent, on découvrit que c’était bien pratique d’avoir un Clébard au village. Rien de le rebutait, et il suffisait d’un morceau de pain, ou de la menace d’une volée de coups de bâton pour le faire obéir.

Cela aurait pu continuer de la sorte jusqu’à sa mort. D’ailleurs combien il y a-t’il d’enfants semblables à Clébard de par le monde ? Je n’en ai pas idée, et de toute façon ceci n’est pas leur histoire. La vie de Clébard, donc, changea lorsqu’il tomba amoureux.



Il avait grandi vite et était devenu un adolescent solide, fort, mais toujours aussi laid. Heureusement il était docile comme un chien correctement battu. Un jour il s’aperçut que les filles avaient des charmes que les garçons n’avaient pas. Plus il les observait et plus son émoi grandissait, bien qu’il ne sût pas exactement ce que cela voulait dire.

Depuis le temps qu’il vivait dans le village, plus personne ne faisait vraiment attention à lui. On le voyait quand on avait besoin de lui, mais sinon il était aussi insignifiant qu’un insecte. Il pouvait ainsi aller et venir à sa guise et, habitué à se cacher pour éviter les roustes, il connaissait nombre d’endroits d’où il pouvait voir sans être vu.

C’est ainsi qu’il commença à épier les jeunes femmes, dans leurs activités quotidiennes tout comme dans leur intimité. Discret à l’extrême et capable de voir dans le noir comme personne, il eu même l’opportunité d’en contempler quelques unes dans leur plus simple appareil. Il découvrit que cette nudité l’émouvait encore plus que le reste et se mit à hanter les nuits, toujours en quête de ces instants de plaisir volés à ceux qui le détestaient.

Parmi les filles du village, il y en avait une qu’il savait différente : Anya. Jamais elle ne l’avait frappé et les seuls regards qu’elle portait sur lui étaient pleins de pitié, plus que de mépris. Alors que les sens de Clébard s’éveillaient, il découvrit qu’Anya lui plaisait plus que toutes les autres. Plus il l’observait et plus il se convainquait qu’elle était différente, qu’elle possédait des qualités ignorées de tous.

A vrai dire Anya n’était pas particulièrement plus mignonne que les autres. Un peu plus vieille que Clébard, elle n’était certes pas laide et avait un corps bien fichu, avec des formes pleines et généreuses qui pouvaient attirer le regard. Le temps passant Clébard délaissa les autres filles pour l’épier elle exclusivement. Les quelques fois où il eu la chance de la voir se dévêtir il crût défaillir. Chaque instant qu’il passait à la suivre et la regarder faisait croître en lui la certitude qu’elle ne le repousserait pas s’il venait à elle. Mais, dans son amour, il conservait une peur. Comment les villageois réagiraient-ils quand ils verraient la jolie Anya lui donner la main et répondre à ses avances.

Une nuit d’automne, il crût tenir l’occasion de lui parler en secret. La jolie Anya avait quitté la demeure familiale en cachette. Clébard la suivit en silence, curieux de voir où elle allait et convaincu qu’il pourrait l’aborder et lui ouvrir son cœur. Il fut troublé lorsqu’il la vit rejoindre un gars du village à l’entrée d’une grange. Ce type et elle étaient souvent ensemble dans la journée, partageant diverses taches et corvées. Clébard ne l’aimait pas, ça n’étonnera personne. Qu’il soit là, lui interdisant ainsi de se révéler à Anya, n’arrangeait pas les choses. Le pauvre Clébard resta indécis pendant que les deux jeunes gens disparaissaient dans la grange. Il se décida finalement à les suivre, anxieux de comprendre ce qui se passait. Il n’allait pas être déçu du voyage.

Dans les ombres de la grange il découvrit un spectacle insolite. Anya et son ami étaient à moitié nus tous les deux. Ils se frottaient l’un à l’autre en poussant des gémissements et leurs mains devenaient d’instant en instant plus hardies. Cette vision emplit Clébard d’une excitation telle qu’il n’en avait encore jamais connue. Ainsi offerte et frémissante Anya lui paraissait plus belle que d’habitude. Toutes ces douces sensations furent cependant balayées par un froid intense lorsqu’il vit le garçon la pénétrer avec force. Clébard se sentit comme changé en pierre. La fille qu’il aimait venait de s’offrir pour la première fois et criait son plaisir et sa douleur. Il resta là, hébété à les regarder s’activer l’un en l’autre, à s’embrasser et à s’exténuer mutuellement à coup de reins.

Le couple d’amoureux avait depuis longtemps quitté la grange en échangeant baisers et promesses de recommencer quand Clébard en émergea enfin. Il avait changé. La stupeur avait fait place à la colère. Malgré ce qu’il avait vu il était convaincu qu’Anya n’avait pas voulu cela. Il savait qu’elle ne connaîtrait le bonheur qu’avec lui. Il avait décidé qu’il devait la débarrasser de cet amoureux encombrant et indésirable.

Le lendemain, aux premières heures de l’aube il passa à l’action. Le jeune homme sortait de sa masure lorsque Clébard le jeta violement sur lui. Les autres villageois virent l’homme-chien pousser le pauvre gars dans la boue et lui tomber sur le torse avec une force telle que tous entendirent les côtes se briser. L’instant d’après le crâne de la victime éclatait sous les coups répétés d’une pierre massive, maniée avec rage. Couvert de sang et de terre Clébard jeta autour de lui un regard de fou. Il avait accomplit son œuvre, il avait sauvé Anya. Maintenant il réalisait que cela risquait de lui coûter très cher.

Le temps que les paysans, encore sous le choc, réagissent Clébard était déjà en train de courir vers la sortie du village. Des cris retentirent et il fut bientôt poursuivi par une foule armée de fourches, de haches ou de bâtons. Une fois de plus la vigueur surhumaine du jeune homme le sauva. Courrant presque à quatre pattes il distança ses poursuivants, traversa les champs en trombe et se précipita dans la forêt voisine. Une battue fut immédiatement organisée mais elle fut un échec. Clébard savait se cacher et les chiens du village le considéraient comme l’un des leurs, ils ne comprirent même pas que c’était lui que l’on tentait de leur faire débusquer.

Dépités, furieux les villageois abandonnèrent. En guise de consolation on clama haut et fort que l’enfant-monstre ne survivrait jamais à la fin de l’automne et à la froidure de l’hiver, livré ainsi à lui-même dans les bois. De toute façon si on le revoyait au village il ne ferait pas long feu et bon débarras. Il ne restait plus aux parents et amis de la victime qu’à pleurer son décès.
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MessageSujet: Re: L'histoire de Clébard   Mar 12 Fév - 18:54

Vous vous doutez bien que si Clébard était mort dans ce bois cela n’aurait jamais fait une histoire digne d’être contée. Clébard survécu. Mieux encore il s’endurcit. Habitué à vivre à moitié comme un animal au village il appris rapidement à vivre comme une bête dans les bois. Il s’appropria un terrier suffisamment grand. Il apprit à chasser, d’abord à mains nues puis en se confectionnant des armes. Il se découvrit des instincts et des sens encore plus acérés que ce qu’il croyait. Bref l’hiver passa et Clébard ne mourut pas. Et chaque nuit il rêvait à sa jolie Anya. Elle l’attendait, là bas au village. Elle espérait son retour et lui savait qu’il ne pourrait pas revenir à moins d’avoir la force de tenir tête aux villageois et de la réclamer pour lui.

Vint le printemps et Clébard se demandait comment il allait faire pour conquérir son amour. Alors qu’il chassait non loin de l’orée de la forêt il surpris des intrus. Un trio de gens armés et armurés de cuir se terrait dans des buissons. Ils observaient les vas et viens des villageois. Clébard s’approcha d’eux à pas de loup. Ils parlaient de préparatifs d’attaque, de comment il faudrait investir le lieu pour que les paysans n’osent pas résister. Immobile à quelques pas d’eux Clébard les écoutait, incrédule.

Les brigands étaient satisfaits. Le village ne semblait pas démuni et aucune garnison de miliciens de le défendait. S’en rendre maître ne serait pas difficile. Il suffirait alors d’y rester un jour ou deux pour refaire les réserves de la troupe, trouver les richesses intéressantes et, peut-être même sélectionner quelques jeunes à vendre comme esclaves. Clébard connaissait le sens de ce mot. En un éclair il imagina sa douce Anya, ligotée et vendue comme une bête à des étrangers. Il vit rouge et, sans un bruit, se lança en avant.

Les éclaireurs n’eurent pas le temps de comprendre ce qui se passait. Le premier d’entre eux se fit écraser la nuque par un coup de botte brutal et sans appel. Il mourut sans voir son agresseur. Le second allait se relever en tirant une dague mais Clébard lui planta son épieu de bois en plein visage. Le choc fut si violent que la pointe se brisa, ouvrant une plaie béante entre les deux yeux de sa victime. Croyant être confronté à quelqu’un du village le troisième brigand se redressa vivement en dégainant un long coutelas. Ils se toisèrent du regard et Clébard faillit pousser un cri d’étonnement.

Son adversaire était une femme, pas bien grande et avec des traits étrangement sombre. La fille eut plus de mal à cacher sa surprise, si ce n’est sa peur. Devant elle se tenait une sorte d’homme bête. Il portait des habits mais aussi des plaques de fourrures dont elle n’arrivait pas à voir si c’était des vêtement ou pas. Son visage était à moitié animal et ses yeux luisaient de haine. Elle voulu faire un pas en arrière mais sa peur naissante la fit trébucher. Clébard se jeta sur elle immédiatement. D’un revers de la main il lui arracha son coutelas puis lui asséna un violent coup de boule qui l’assomma à moitié.

Ses deux premiers adversaires étaient morts trop vite. Clébard étaient encore fou de rage à l’idée de ce que ces gens allaient faire à sa chère Anya. Il saisit le bras de la fille et la retourna, la plaquant dans la terre boueuse. Son geste avait été tellement brutal qu’il lui brisa le coude. Sa victime poussa un cri étouffé et tenta de se débattre. Malheureusement pour elle Clébard était trop fort. Sans bien comprendre ce qu’il faisait le jeune homme commença à la rouer de coups tout en lui arrachant ses vêtements. Il lui avait déjà cassé plusieurs côtes quand il la pénétra violement en poussa un grondement de bête enragée.

On peut dire qu’il la baisa à mort. Littéralement.

Lorsque Clébard repris un peu ses esprits il contempla le cadavre de la fille. Il ne regrettait rien. Elle est ses comparses avaient parlé de faire du mal à Anya. Elle avait eu ce qu’elle méritait. Deux pensées se bousculèrent alors dans sa tête. D’abord il réalisa que le jour où il pourrait enfin serrer Anya dans ses bras, il faudrait qu’il contrôle sa force. Il ne voulait pas blesser son grand amour à force de l’aimer. La deuxième, plus pressante, était que ces trois sinistres individus n’étaient que des éclaireurs. Leur troupe de brigands allait arriver sûrement très bientôt, et Anya serait leur victime. Il fallait trouver une solution. Vite.

Clébard s’enfonça alors plus avant dans la forêt, à la recherche de ses ennemis et d’un moyen de les vaincre. Il trouva des traces de leur passage et se cacha plusieurs fois pour observer et écouter d’autres groupes d’éclaireurs. Il finit par apprendre que les brigands étaient une trentaine. Clébard était incapable de leur tenir tête à tous. Il s’empressa de quitter les bois et se précipita vers un poste de la milice rurale situé à quelques kilomètres de là. Il savait qu’il ne pouvait pas revenir au village pour le moment sans risquer sa vie. A défaut il allait expliquer la situation aux soldats. Eux pourraient venir à bout des maraudeurs.



Les choses ne se passèrent pas comme Clébard l’espérait. Lorsqu’ils le virent débouler dans leur camp, avec son air d’homme-bête hirsute, les miliciens lui tombèrent dessus. Ils s’y mirent à plusieurs et ne furent pas tendres. Une fois qu’ils eurent maîtrisé et ligoté ce pauvre Clébard à un pilori, ils se décidèrent enfin à lui poser des questions, non sans le couvrir d’insultes. Son physique ne leur revenait pas et plusieurs étaient d’avis de le passer illico par les armes.

Malgré sa colère et sa peur, Clébard réussit à leur expliquer quel danger courrait son village. Un ventor, un peu moins borné que ses subordonnés alla rapporter ces informations à son ænestors. Celui-ci avait déjà entendu parlé de l’enfant-chien et décida de prendre ses informations au sérieux. Il laissa Clébard là où il était entravé cependant, car il avait également eu vent du meurtre du jeune paysan. Il entendait bien régler cette affaire une fois les brigands taillés en pièces. Les heures de Clébard étaient maintenant comptées.

La nuit tomba sur le campement de la milice rurale et Clébard, impuissant, attendait avec angoisse le retour des soldats. Son salut vint à lui de manière inattendue, sous les traits d’une milicienne de petite taille mais à la carrure imposante. Cette femme large d’épaules avait un visage rendu disgracieux par une mâchoire démesurée d’où saillait une paire de crocs recourbés. Elle vint s’asseoir à côté de Clébard et lui parla gentiment, d’une voix rendue rocailleuse par sa difformité.

- On peut dire que tu n’as pas de chance, garçon. On en a entendu des vertes et des pas mûres sur ton compte.

Il posa sur elle un regard plein de détresse. Elle pût alors contempler son visage dans son ensemble.

- Ouaip, la nature t’a pas gâté non plus. Vu comment les gens du coin aiment pas les hysnatons je comprend que tu ais des ennuis.

Clébard ne comprenait pas tout ce que disait la femme, mais il la sentait compatissante. Peut-être accepterait elle de l’aider.

Avec des mots simples, car il ne savait pas très bien parler, il lui raconta qu’il faisait tout ça pour sauver l’amour de sa vie. Il voulait revenir un jour dans son village, quand il aurait fait ses preuves, la serrer dans ses bras et vivre heureux avec elle. Quand la milicienne, dubitative, lui demanda ce que la jeune femme éprouvait pour lui, il répondit sans hésiter que leur passion était partagée et sincère. Il sut, dans son inculture, se montrer éloquent et poignant.

Cette femme qui l’écoutait, et qui partageait avec lui le fardeau des monstres, en fut émue et le crut. L’histoire devait raviver chez elles de cruels souvenirs de déconvenues amoureuses. Elle défit ses liens et lui désigna la sortie du camp

- Vas y, sauve toi gamin. Lui dit elle. Pars loin d’ici, qu’on t’oublie quelques temps. Fais ce que tu peux pour survivre et, quand tu te sentiras prêt, reviens chercher cette fille. J’espère que vous pourrez être heureux.

Tout en s’enfonçant dans la nuit Clébard avait les larmes au yeux. Cette femme était la première personne, à part sa douce Anya, à lui avoir témoigné un peu de respect et de confiance. Il serait digne de ce cadeau et suivrait son conseil. Il était maintenant convaincu que, quelques soient les difficultés, lui et Anya seraient un jour réunis.
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MessageSujet: Re: L'histoire de Clébard   Mar 12 Fév - 18:54

Il marcha vers l’ouest, et arriva dans des régions où les armées dérigions et vorozions se faisaient la guerre. Il dut faire appel à tous ses talents pour éviter les soldats des deux bords. Il ne savait pas pourquoi ces gens se battaient mais il était persuadé qu’on ne lui ferait de cadeau, ni d’un côté ni de l’autre. Il arriva enfin dans des zones tellement dévastées par les combats qu’il ne pouvait plus trouver sa pitance dans la nature. Il dû se résoudre à s’approcher des campements militaires pour y voler des vivres.

Un soir il jeta son dévolu sur un camp dérigion planté le long d’un ruisseau. Il s’en approcha furtivement, attentif aux sentinelles et aux chiens de gardes. Son attention fût cependant attirée par autre chose. A quelque distance des tentes il entendait des murmures. Curieux il se faufila dans cette direction. Ces sons lui rappelaient étrangement cette nuit où Anya avait été violée par un sinistre individu, là bas, dans une grange de leur village.

A l’abri de deux rochers, sur un lit de mousse il découvrit un couple en pleine action. Lui était étendu sur le dos, le visage crispé par le plaisir. Elle, une femme magnifique et gracile, le chevauchait en gémissant d’une voix aigue. Chose étrange elle gardait la main posée sur la garde d’une épée, plantée dans le sol jusqu’à côté d’eux. Clébard les contemplait fasciné. Il imaginait le moment où lui et Anya pourraient enfin célébrer leur passion de la sorte. Il savait qu’elle espérait ce moment autant que lui et il admirait les soubresauts de ces deux inconnus en rêvant aux douces formes de son amour.

Il fut tiré de sa rêverie en entendant l’homme pousser un cri de surprise. La tête rejetée en arrière il venait d’apercevoir la silhouette sombre de Clébard. Craignant pour sa vie le jeune homme réagit sans réfléchir. D’un bond il fut sur eux. Son talon écrasa la gorge de l’homme qui mourut sur le coup. Sa compagne, au paroxysme du plaisir, ne pût réagir assez vite. Clébard lui arracha son épée et d’un coup brutal lui fendit le crâne en deux.

Et son existence bascula.

Dans sa main, palpitante de puissance, se trouvait une Arme-dieu.

La déesse de l’épée lui parla. Sentant sa panique naissante elle le rassura avant qu’il ne la lâche et s’enfuit. Découvrant un esprit frustre et quasi animal elle déploya des trésors de délicatesse pour l’amadouer et l’apprivoiser. Ce nouveau porteur qui venait de lui tomber dessus, pour ainsi dire, éveilla sa curiosité. Jamais elle n’avait connu un tel être. Il y avait là un mélange de bestialité et d’innocence qui la fascinait. Cette déesse avait déjà fréquenté beaucoup d’êtres humains mais celui là lui offrait une perspective nouvelle sur le monde. Elle décida donc de le garder.

Clébard et son Arme disparurent dans la nuit, laissant derrière eux les cadavres enlacés des deux amants.



Au fil des jours et des semaines l’Arme-dieu se passionna pour son nouveau porteur. Elle entreprit de lui enseigner tout ce qui lui manquait et se gava des ses sentiments d’émerveillement et de peur face au monde qu’elle lui révélait. Mais plus que tout, l’amour passionnel de Clébard pour sa douce Anya émerveilla l’Arme. Le jeune homme ne se lassait pas de parler de sa belle à sa compagne de métal, partageant sans pudeur avec elle tous ses espoirs les plus fous. L’Arme décida d’aider son porteur à réaliser son rêve.

Elle était puissante et découvrit que Clébard avait un potentiel fabuleux qui ne demandait qu’à être exploité. Guidée par la déesse il devint en quelques mois un combattant émérite et impitoyable. Elle l’entraîna de combat en combat pour qu’il s’endurcisse et gagne en réputation. En quelques mois le porteur d’Arme connu sous le nom de chien de guerre fut craint et respecté sur tout le front. Des mercenaires acceptèrent de servir sous ses ordres et plusieurs porteurs d’Armes mineures vinrent se placer dans son ombre.

Un an après avoir fuit le campement vorozion, Clébard, le chien de guerre, régnait sur une quarantaine de mercenaires et quatre Armes mineures. Il était enfin temps pour lui de retourner chercher la femme de sa vie.

L’Arme exultait. Jamais elle ne s’était sentie aussi proche d’un de ses porteurs et la perspective de le voir connaître le bonheur auquel il aspirait depuis toujours la comblait de joie. Emerveillée elle découvrait qu’une Arme peut avoir des sentiments altruistes, pour peu qu’elle ait suffisamment d’affection pour son porteur.

Pénétrer dans les territoires vorozions ne fut pas une partie de plaisir pour la troupe de Clébard. Ils y parvinrent cependant et se réfugièrent dans la forêt où le jeune homme avait passé un hiver complet. Il avait beaucoup appris grâce à son Arme et à ses compagnons. Il savait qu’il pouvait difficilement entrer dans le village avec ses hommes sans risquer de voir débarquer la milice rurale. Après avoir discuté du problème avec ses lieutenants il décida de se débarrasser des miliciens. Son expérience des combats faisait dire à Clébard qu’il valait mieux frapper le premier plutôt que de prendre des risques inutiles.

Le campement de la milice rurale fut attaqué au petit matin. Les mercenaires du chien de guerre avaient derrière eux des mois de combats bien plus durs que celui là. Les miliciens eux, ne s’attendaient pas à un tel assaut. Une fois leurs chefs morts et la moitié d’entre eux sur le carreau ils se rendirent. Malheureusement pour eux la troupe de Clébard avait exclusivement servit l’armée dérigion et ne voyait pas quoi faire d’une trentaine de prisonniers vorozions. Il fut donc décidé de les massacrer purement et simplement.

Alors que la tuerie commençait, Clébard reconnu la soldat qui l’avait laissé s’enfuir. Il ordonna qu’on l’amène devant lui.

Ils se retrouvèrent face à face. Il pouvait sentir sa peur et sa colère. Il se souvenait de ce qu’elle avait fait pour lui et voulait faire lui aussi un geste. Il retira son heaume en forme de tête de chien et elle le reconnu. Des larmes de colère coulaient sur les joues de la femme pendant que Clébard lui parla.

- Quand je n’étais rien et à votre merci tu m’as aidé. Grâce à toi j’ai échappé à la mort. Je veux rembourser ma dette. Pars, tu es libre.

La voix de l’hysnaton tremblait quand elle répondit.

- Tu as tué mes amis. Alors même que nous parlons, tes hommes massacrent ceux qui se sont rendus. Comment peux tu me parler de miséricorde ? Quand je t’ai libéré je pensais que tu réussirais à t’en sortir et retrouver celle que tu aimes. Jamais je n’aurais imaginé que ça nous mènerait à cela. Il est trop tard pour regretter mais sache que si tu me laisses partir je ferais tout mon possible pour venger mes compagnons.

Le chien de guerre et son Arme n’étaient pas du genre à prendre une menace à la légère. La réponse de Clébard fut donc sans appel.

- Tu as refusé ma miséricorde, ton sort ne me concerne plus. Faites en ce que vous voulez !

Les cris d’agonie de l’hysnaton se mêlèrent à ceux des autres soldats.



Après avoir rasé le campement de la milice, la troupe de Clébard fit une entrée remarquée et terrifiante dans son village natal. Lorsque les villageois le reconnurent ils crurent leur dernière heure arrivée. Le petit monstre qu’ils avaient tous maltraité était revenu, une Arme-dieu à la main, pour leur faire payer leurs sévices au centuple.

Ils furent presque soulagés quand Clébard leur expliqua qu’il voulait juste des vivres pour ses hommes et qu’on lui livre Anya pour qu’elle puisse enfin partir avec lui. Après avoir dit cela il s’installa dans une grange et attendit tranquillement que son amour le rejoigne.

Pendant qu’il attendait les vieux du village se démenaient. Il fallait convaincre les parents de la jeune Anya que la seule solution pour les sauver tous était de la livrer à l’homme-chien. Les discussions furent houleuses mais finalement ils acceptèrent.

Comme s’ils avaient eu le choix.

Anya de son côté était terrorisée à l’idée de se trouver confronter à l’homme qui, presque deux ans auparavant, avait massacré son petit ami. N’ayant cependant pas le choix elle s’arma de fatalisme et se rendit dans la grange. Etait-ce un hasard s’il avait choisi l’endroit où son défunt amour l’avait dépucelée la veille de sa mort ?

Ils se retrouvèrent enfin face à face.

Le cœur de Clébard battait à tout rompre. Le bonheur l’étouffait presque.

Son Arme était aux anges. Elle allait vivre le dénouement heureux de cette fabuleuse histoire d’amour.

Anya était terrifiée par ce solide gaillard au visage monstrueux, dressé devant lui, un dieu incarné à la main. Lorsqu’il la pris dans ses bras elle tenta de maîtriser sa peur et s’offrit à lui. C’était pour le bien du village

Clébard se montra aussi tendre qu’il put. Il entraîna Anya dans le foin, la déshabilla presque avec délicatesse et, tremblant d’une folle excitation, se mit à explorer le corps de son amour retrouvé.

Plus les choses avançaient et plus l’Arme s’apercevait que quelque chose clochait. La donzelle était morte de trouille. Pas la moindre trace dans son regard de cet amour puissant que Clébard lui avait tant de fois décrit. Lorsqu’il couvrit la fille et s’enfonça enfin en elle, l’Arme avait tout compris. Cet amour qui avait jusqu’à ce jour guidé son porteur n’était qu’une illusion. Rien de merveilleux ni d’exceptionnel ne sortirait de cette étreinte. Ce ne serait qu’amertume et douleur.

Pour une Arme cette perspective n’aurait pas dû faire de différence. Après tout, une aussi intense déconvenue serait tout aussi somptueuse à expérimenter que l’achèvement d’un véritable amour. L’Arme savait cela, et pourtant elle ressentait de la pitié pour son porteur. Plus que de la pitié c’était de la compassion. Elle aurait voulu être à la place de cette bouseuse pour offrir à Clébard ce qu’il avait toujours rêvé d’avoir. Elle tremblait de colère mais n’osait pas intervenir. Il fallait qu’il comprenne tout par lui-même.

Si elle l’avait pût l’Arme aurait pleuré pendant que Clébard découvrait un corps rétif à son amour, pendant qu’il plongeait son regard dans des yeux plein de peur et d’incompréhension. Alors que son plaisir grandissait ses illusions s’effondraient, il réalisait quel le rêve stupide avait été sien pendant tout ce temps.

Et lorsqu’enfin il se répandit dans le corps de cette femme qu’il ne connaissait pas, il lui brisa le cou. Et il offrit son plaisir à la seule personne dont il ne douterait jamais, son Arme.


--------------------------------------------------------------------------------


L’assistance est médusée et Copperfangs boit leur air consterné comme du petit lait.

La plus jeune des filles de joie balbutie :

- Mais ce n’est pas une histoire d’amour ça ! Il l’a tuée ! Ils auraient dû vivrent heureux ensemble pour que ce soit une histoire d’amour.

Le dieu dans le bouclier éclate d’un rire sinistre.

- Pourtant c’est bien une histoire d’amour, petite mortelle. Et complètement véridique de surcroît. Ce jour là Clébard a réalisé que la seule femme capable de l’aimer pleinement et intensément était déjà à son côté depuis plus d’un an. Cette révélation fut d’ailleurs un choc pour l’Arme également. Après cela Clébard et son Arme vécurent une liaison passionnelle et lorsqu’il mourut au combat, elle en conçut un immense chagrin. Depuis lors cette Arme n’a plus accepté d’être portée que par des personnes pour qui elle ressentait des sentiments forts et sincères. Ce n’est pas banal, mais c’est comme ça. Les Armes aussi peuvent aimer. C’est la morale de mon histoire.

- Et comment s’appelait cette Arme ? Demande Clarisse, le regard brillant de fièvre.

- Je crois que tu le sais déjà, lui répond Gaétan avec un sourire.

- Sweetsharp, murmure la jeune femme en faisant glisser ses doigts sur la lame de son épée.

Elle ne se sent plus seule.

Elle ne le sera plus jamais.
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L'histoire de Clébard
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