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Du sang et des armes
 
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 Odyssées : Divin

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MessageSujet: Odyssées : Divin   Mar 5 Fév - 19:46

Ils avaient fait une longue route solitaire avant que le hasard ne les réunisse. Ils venaient des quatre coins du continent, si disparates que leur association avait quelque chose de grotesque et d'inquiétant à la fois. Les passants, en les voyant arriver, préféraient s'écarter. Les plus fous ou les plus hardis les observaient à la dérobée, se demandant combien de temps s'écoulerait avant que l'un d'entre ne sorte son arme pour abattre ses acolytes. Ils n'avaient en commun que des vêtements de voyage fatigués et une étrange lueur fixe et maniaque dans le regard : l'éclat des yeux de ceux que rien, pas même la mort, ne détournera de leur objectif.

Toujours en tête, venait un barbare du nord, vantard, soiffard et braillard. Son manque de savoir vivre faisait de lui un compagnon pénible, et si ses nombreux atouages, ses fourrures et sa monture sauvage impressionnaient les paysans, c'était ses yeux rougeoyants qui imposaient le respect aux autres. Il était le plus grand, sans doute le lus puissant physiquement des cinq, mais son sourire hilare dénotait, souvent, du visage fermé et résolu de ceux qui le suivaient.

Le second tenait plus de l'animal et devant lui les enfants s'enfuyaient en hurlant. Ses cheveux roux étaient clairsemés, son front fuyant et ses yeux injectés de sang profondément enfoncés dans leurs orbites. Sa mâchoire était énorme, difforme même. Elle soutenait une bouche aux lèvres grasses qui ne réussissaient pas à dissimuler des crocs noirs protubérants et une longue langue rouge, pendante et baveuse. Cette face aurait pu provoquer le rire chez les plus vaillants si au bout de ses longs bras ballants, ne se trouvaient deux larges mains sales, se refermant sporadiquement comme guidé par un réflexe d'étrangleur cherchant une victime.

Le troisième ne semblait n'avoir rien à faire sur ces routes. C'était un jeune garçon aux manières douces et au regard de fillette innocente. Ses vêtements étaient riches et bien soignés. Sa stature frêle lui donnait des allures fragiles et son attitude semblait des plus craintives, mais il était sujet à d'étranges sautes d'humeur et le groupe semblait le considérer pour cela.

C'était le quatrième qui inspirait le plus confiance. Un solide combattant d'une quarantaine d'année, armuré d'acier, portant sur son bouclier les armoiries de sa famille. Les cheveux coupés court, le menton carré, le regard clair, il se dégageait de lui une aura d'autorité naturelle qui rassurait les aubergistes et faisait de lui le porte-parole du groupe, mais il n'en était pas le chef : Trop de haines s'affrontaient lorsque son regard se croisait avec celui de l'homme-bête à l'allure de brigand.

Enfin le dernier était un homme plus petit à la démarche furtive et rapide. Son accent rude, sa peau basanée, ses manières dédaigneuses le désignaient comme un homme des déserts de l'ouest. Il était riche et était devenu leur trésorier. Il payait largement lorsque c'était nécessaire mais, le plus souvent, les commerçants grimaçaient après ses marchandages. Les autres, qui ne s'y entendaient pas aussi bien en matière d'argent, le laissaient faire.

Leur objectif, donc, était leur seule chose commune. Ils en avaient parlé tous ensemble, au début de leur rencontre, puis ils s'étaient lassés et étaient retournés à leurs pensées maussades, sauf le barbare qui en marchant chantait des chants de guerre d'une voix basse et grondante.

Un jour, après avoir recueilli de nombreux témoignages, suivis de nombreuses fausses pistes, ils y étaient arrivés. Leur but ultime se tenait là, droit devant eux.

Le barbare battit des mains puérilement. Le jeune garçon recula d'un pas, effrayé. Le chevalier se racla la gorge inconsciemment. L'homme du désert plissa les yeux et serra les dents. L'homme-bête ne fit rien d'abord, puis il passa sa langue sur ses lèvres comme s'il recherchait un goût depuis longtemps oublié en continuant son observation, le regard vide.

Ils regardaient un couple sur un destrier descendant le flanc d'une haute colline, tandis que le soleil couchant, derrière, leur faisait cligner les yeux. La piste venait jusqu'à eux et ils ne tarderaient pas à les rencontrer.

Le destrier était un puissant étalon de guerre, noir, caparaçonné d'argent mais son harnachement, autrefois riche et brillant, était terni et maculé. C'était comme s'il avait été éclaboussé de sang, comme si la monture avait dû se frayer un chemin dans une mer en furie de corps hurlants et gesticulants, de bouillonnements sanguinolents, de chairs et de cervelles arrachées et piétinées.

Il portait, fixée à l'arrière, outre un bagage léger, une haute bannière rouge qui avait pour motif la silhouette noire de quelque monstre mythologique mi-aigle mi-lion et ornée de trophées macabres : scalps, têtes tranchées, membres de créatures rares et légendaires qui fit sortir l'abominable brigand de son mutisme lorsqu'il le reconnut enfin.

- C'est lui ! murmura-t-il comme pour se rassurer . Le premier des cavaliers était une jeune femme. Vêtue légèrement, elle semblait petite dans les bras de celui qui dirigeait le destrier. Ses longs cheveux blonds volaient dans le souffle de la chevauchée. Elle était calme, confiante, les paupières closes et on aurait pu croire qu'elle dormait. Lui était gigantesque : il la dépassait d'au moins deux têtes. Il portait une armure étrange et complexe faite de mailles et de plaques sculptées de motifs reprenant les symboles de sa bannière. Cette armure était bien entretenue mais cabossée de coups qui avaient dû être brutaux et violents. Ses mains gantées de cuir tenaient fermement les rênes et elles ne firent qu'un léger geste de retenue pour ralentir l'allure lorsqu'il devint évident que les trajectoires des deux groupes allaient fatalement se croiser.

Il ne portait pas de heaume et son visage était beau bien que véritablement insolite. De longs cheveux bouclés presque frisés, noirs comme les ténèbres les plus profondes, huilés et parfumés, partaient d'un front haut et large pour tomber en désordre loin derrière de larges épaules. Sa peau était sombre, elle aussi, presque aussi noire que celle des sauvages des jungles du sud, mais les traits de la face étaient fins. Les joues étaient creuses comme celles de ceux que la faim tenaillait en permanence. Le nez aquilin, typique du peuple de l'aride pays occidental, donnait une direction nette, un air terrible, la preuve impossible à dissimuler d'un caractère implacable, celui d\'un peuple habitué au commandement. Le menton fin et aristocratique confirmait l'impression faite part le front intelligent mais des yeux, étranges et inhumains, déroutaient l'observateur le plus attentif. Ces yeux semblaient d'un gris variant entre celui du ciel d'orage et celui de l'acier trempé, les pupilles avaient une forme presque féline et s'adaptaient rapidement à la lumière suivant leur position au soleil. C'est souvent à ce moment, qu'en fuyant ce regard insoutenable, on apercevait les oreilles, toutes à fait inhumaines elles aussi : noires et longues, les lobes chargés de boucles d'argent raffinées et primitives. Elles étaient aussi mobiles que celles d'un chien de chasse et elles se tournaient instinctivement vers le moindre son. Ce mouvement incongru engendrait généralement la plus profonde répulsion. La bande se sépara en cinq unités distinctes qui prirent place de chaque côté de la piste sauf le chevalier qui se tint en plein milieu. Le cavalier arrêta alors tout à fait sa monture.

- Descends, ordonna-t-il brusquement à sa compagne. Valissa, descends immédiatement ! Sans ménagement, la jeune femme sauta du destrier et roula maladroitement sur le gravier de la route. Sans prendre le temps de frotter ses écorchures, elle s'écarta vivement, Son calme avait disparu et avait fait place à une sorte de terreur mêlée d'admiration fanatique. Le barbare s'avança d'un pas et annonça presque gaiement :

- Tu es celui que je cherche depuis longtemps. Ton nom a traversé les montagnes et les plaines enneigées de ma patrie. Mon âme vibre de la gloire que m'apportera ta chute et mon peuple fera de moi un roi pour t'avoir abattu. Mon nom est Algar et je suis le seul à être venu ici sans haine, mais ma détermination est absolue et ma cause soutenue par ma Divinité. J'ai nommé Mord-Lune, ma hache sans faiblesse et sans pitié.

De sa main droite, il exhiba une large hache travaillée. Sa lame était crantée comme une scie et brillante comme un miroir. Devant lui, l'être difforme, dont la nature semblait plus proche de celle de son ennemi que de celle de ses compagnons, prit la parole à son tour :

- Je suis Shirok le Très Mal Né. J'amène ici la colère de ma Maîtresse et Déesse, Rage Incarnée, dont tu as trahi les espoirs et contrecarré les désirs. Ta perfidie n'a pas plu à tes anciens alliés et elle porte en elle la colère de tous les amis que tu connais bien.

Il brandit alors un énorme fléau à deux mains qui détonna comme la foudre lorsque le poids heurta le sol en retombant, forçant le destrier à reculer et la jeune femme à se boucher les oreilles.

Comme s'il ne voulait pas rester en reste, le petit homme sec du désert annonça d'une voix énervée et un peu aiguë :

- Je suis Yasim Abdul Kader Abrim Al-Shatar Quelbatram Sul Quabrul Ben Ratar-Yzradig et tu n'es pas digne que j'énonce mon lignage plus avant. Par tes actes tu as profondément nui à mes maîtres et ils m'ont désigné pour te châtier d'une manière exemplaire. Sachant que tu fuirais lâchement les fers de la torture, ils m'ont confié à la garde de Chaabrah la douce Déesse de la Nuit et de la Mort.

Il montra alors une arme étrange, une sorte de mélange entre une lance et une hallebarde. Un long manche couvert de runes supportait une lame en forme de croissant, transparente comme le verre, dont l'une des pointe faisait l'estoc et la courbe le tranchant.

Il y eut alors un silence, un silence aussi long qu'une hésitation, puis le jeune garçon se redressant clama en regardant l'horizon, comme s'il répétait après quelqu'un :

- Je suis le Prince Jéromiah du Valombré, mes pas me mènent depuis la Capitale du Monde jusqu'à toi ainsi que l'ordonne mon... euh... Maître et Seigneur Crêve-Coeur. Il dit : tu dois mourir !

Il dégaina alors un sabre à la garde précieuse, dont la lame runique semblait ondoyer comme un serpent hypnotique et venimeux.

Enfin le chevalier, au centre, annonça sèchement, comme s'il était excédé et impatient :

- Je suis le seigneur Arnouldi, Pair de l'Empire -et il eut un regard méprisant pour ses compagnons. Je suis envoyé par le Grand Conseil et par l'Ordre auquel j'appartiens et auquel appartiendra bientôt le monde entier. Ton existence est une insulte à la face même de l'univers. Tes crimes innombrables nous ont rassemblés ici pour que tu périsses mais sache que mon glaive, Justice Finale, a soif de ta vie et j'entends ses cris de désir qui résonnent dans mes oreilles. »

A son tour, il dégaina une épée courte à l'aspect lourd et froid comme un bloc de glace. Quelque chose de terrible et vicieux émanait de cette arme, comme si une mort douloureuse irradiait sans discontinuité vers tous les êtres vivants des alentours. La jeune femme frissonna et détourna les yeux en l'apercevant.
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MessageSujet: Re: Odyssées : Divin   Mar 5 Fév - 19:46

Le cavalier avait observé les présentations et les défis traditionnels calmement. Ses longues oreilles rabattues en arrière exprimait comiquement étonnement et consternation tandis que ses lèvres, d'abord serrées sévèrement, se déformèrent bientôt en un sourire amusé et gêné. Il eut un petit rire moqueur et craintif à la fois, presque bouffon pour qui ne le connaissait pas. L'iris de ses yeux brillait d'une fièvre maligne, le coin de sa pommette se contractait par moment d'un tic d'excitation. Alors soudainement, lorsque le silence retomba, son sourire disparut avec la violence d'une porte qui claque. Sa voix grave et rauque était dure lorsqu'il annonça, comme un juge annonce solennellement sa sentence :

- Je suis Azadraël, sans loi et sans maître, compagnon de Sanglante Pleureuse, la malédiction de ceux qui la rencontre. Vous êtes tous des crétins et vous allez tous mourir...

La suite fut très rapide. Il dégaina son arme : une longue bâtarde répugnante, couverte de runes ésotériques. Un mouvement organique s'organisa, comme un ballet tentaculaire, entre la garde et son poignet, en faisant un horrible bruit de succion gluante. Avec la lame, d'un noir d'obsidienne, jaillit un long gémissement suraigu. Un cri où se mêlaient de façon très ambiguë la lamentation d'une femme blessée dans le plus grand secret de son intimité et la jouissance obscène d'une prostituée chevauchée dans une position contre nature. Cette lame irradiait d'une énergie à la fois torride et glacée. Elle semblait sauvage, à peine contrôlable. A la regarder de plus près, elle était comme d'un marbre froid et ténébreux parcouru de veines d'argent, de pourpre et d'or qui pulsaient régulièrement comme si un coeur secret l'alimentait d'une sève mortelle. La voir, c'était apercevoir la nature même de la divinité, une essence incompréhensible aux communs des mortels, se moquant des limites de la morale, des règles et de l'ordre des choses.

Le cavalier fit une sorte de grand moulinet et la lame mordit profondément et cruellement sous son gant, dans les chairs du poignet gauche. Le sang, docile, comme dressé par une longue habitude, jaillit à gros bouillons. Et pendant un instant, on eut pu croire que la lame se repaissait de ce sang offert en sacrifice. La main gauche, encore bien vivante pourtant, saisit un pavois usagé tandis que les pieds éperonnaient le destrier. Le tout dénotait une longue habitude de l'assaut, un corps entraîné au labeur et à la souffrance au-delà des limites du combattant classique. La charge lancée, le choc fut instantané.

L'arme du cavalier s'abattit plusieurs fois en hurlant frénétiquement sur le difforme Shirlok tandis que celui-ci frappait de toute ses forces avec son fléau sur le pavois relevé. De l'autre coté, la lance étrange fonçait sur le coté découvert tandis que les autres assaillants fermaient le cercle autour de l'étalon écumant. La rencontre fut terrible. Dans un bruit de tonnerre et sous l'impact d'un coup surnaturel, le pavois explosa en un millier de morceaux d'acier et de cuir. Mais plus fort que tout, fut le hurlement de désespoir terrifié que poussa l'assaillant lorsqu'il lâcha son fléau pour retenir, dans un dernier réflexe stupide, les morceaux épars de sa boite crânienne.

La bâtarde s'acharnait sur lui, semblant dévorer par grosses bouchées avides les lobes à vif de sa cervelle laissée sans défense. La lance pénétra sous l'aisselle du cavalier, s'enfonçant dans les muscles sans pouvoir toutefois y creuser la voie mortelle qu'elle recherchait. Elle poussa sur le côté le cavalier. Le destrier bloqué dans sa course par la troupe, rua, brisant le barrage mais chassant de sa selle le cavalier déstabilisé.

Celui-ci roula prestement comme un chat qui retombe toujours sur ses pattes. Sur son visage était plaqué un sourire féroce. Une exaltation cruelle brillait dans ses yeux. Il prit son épée à deux mains dans un mouvement tournoyant qui projeta de la base de son poignet une grande salve de sang vermillon. Le temps que le barbare fasse le tour de la monture en furie et le cavalier chargeait le lancier en hurlant. Celui-ci eu un petit mouvement rapide : Le croissant tranchant rencontra la maille de l'armure sans plus d'effet qu'une gerbe d'étincelles crépitantes. Mais la lame à la fois sombre et multicolore décrivit deux mouvements de va et vient autour de son opposant. Au premier mouvement, un bras s'émancipa pour une tentative de vie indépendante, au deuxième mouvement, le thorax s'ouvrit pour livrer au monde les fruits de ses réflexions introverties. Devant tant de nouveautés, l'homme du désert, pourtant habitué au monde de la douleur, perdit le contrôle de ses mouvements et s'effondra en tressautant.

Le barbare rua en riant dans la lueur du crépuscule.

- A moi ! Tu es à moi ! Je suis le plus fort ! Mais son adversaire vibrait d'une énergie nouvelle et crue.

- Non, maintenant, je suis le plus fort ! Et d'une main, il bloqua le coup qui s'abattait sur lui en attrapant le bras tatoué. Le barbare blond eut un hoquet de surprise. Puis fit une grimace douleur, tandis qu'un craquement sinistre d'os brisé se faisait entendre.

Alors dans un grand mouvement, la bâtarde se ficha en lui, pénétrant brusquement son abdomen, bouleversant l'ordre savant de ses organes internes, fracassant les côtes pour jaillir dans le dos sans jamais sembler vouloir s'arrêter. Le bras de son porteur suivit jusqu'au coude dans les tripes gargouillantes. Il lâcha le br as cassé et saisit alors la barbe nattée. Dans un geste d'une force incroyable, il projeta le corps déjà mort par-dessus ses épaules, libérant du même coup son arme du carcan de chairs et d'os.

Il fit alors face au chevalier qui avait chassé le destrier fou et qui prenait position. Ils s'observèrent en silence. Chacun avait une longue expérience du combat. Malgré sa lourde armure d'acier et son âge, le chevalier semblait rapide et il tenait fermement son bouclier pour parer le moindre coup. De son adversaire, on ne pouvait deviner l'âge. On aurait dit une incarnation immortelle, éternellement jeune et pourtant millénaire, de la furie de la bataille. Le sang gouttait de son poignet dans le gravier et il paraissait n'en avoir cure. Le chevalier chargea en seprotégeant de son bouclier. Le sombre combattant esquiva d'un bond sur le côté en abattant deux coups sur le bouclier, deux coups qui laissèrent de larges entailles. Soudainement, sur la commande du chevalier, des vapeurs s'exhalèrent de la terre dans un soupir malsain et une brume se fit autour des guerriers. Ils se cherchèrent à tâtons. Le brouillard épais semblait coller au dos du cavalier mais cela ne lui faisait pas perdre son calme. Alors venu de nul part, un coup de glaive s'abattit sur lui, déchirant la maille et entaillant la cuisse droite jusqu'à l'os. La riposte fut instantanée : un coup tranchant, brutal et sauvage, venu de l'instinct le plus primal. Il rencontra le bouclier endommagé de son adversaire invisible. L'objet fut cette fois, proprement tranché en deux. Un deuxième coup de glaive s'abattit ensuite, faisant sauter une plaque d'acier sur la poitrine du géant tourbillonnant. Celui-ci, boitillant, fit tournoyer en tout sens son arme avec une frénésie démente. Un bruit d'os éclaté répondit à cette prière de mort. Le bruit sourd d'un corps qui choit se fit ensuite entendre tandis que les nuées se dissipaient, rapidement chassées par le vent. Un cadavre en armure apparut. Il gisait dans une large flaque écarlate, la tête, le cou et le haut du corps tous ensemble fendus d'une même plaie béante malgré l'épaisseur de l'acier. Azadrael, pourtant gravement blessé, se redressa et observa les alentours. Il aperçut alors son dernier opposant près de sa compagne. Il s'approcha doucement.

Celui-ci, dans un mouvement de panique, saisit la jeune femme et posa son sabre sur son cou.

- N'approche pas ou je la tue, dit-il. Je veux partir ! Sa voix était affolée, tremblante de terreur. Le ton du tueur noir était narquois et dans sa voix moqueuse, il n'y avait aucune trace de douleur :

- Vraiment, tu ferais ça ?

- Je... euh... n'hésiterai pas !

- Et que feras tu de tes beaux principes d'homme civilisé ? Comment vivras-tu avec l'idée d'avoir tué une innocente ? Le jeune garçon tremblait et hésitait, ses yeux rougissaient. Un sourd monologue intérieur semblait l'animer. Puis en un seul moment, son visage devint décidé et ferme, il dit, dans une voix bizarre, mécanique :

- Oui, je n'hésiterai pas. Ce n'est qu'une mortelle. Maintenant, vas me chercher ton cheval ! Le cavalier considéra la situation, esquissa un pas en arrière, puis soudainement se figea. D'une voix malfaisante et surnaturelle, métallique et crissante, il annonça très calmement :

- Puisque vous le prenez tous ainsi, pauvres idiots...

Le bras se leva doucement. Il y eut un vrombissement et une chaleur terrible, cela à trois reprises. A chaque fois, une longue langue de feu jaillissait de la base de la garde de la bâtarde pour venir lécher le gamin et sa prisonnière, maintenant réuni dans la fournaise. Tous deux hurlèrent frénétiquement en se roulant par terre. Il se dégageait une odeur de viande brûlée d'une puanteur atroce. Où qu'ils fuyaient, le feu les rattrapait et les enveloppait presque amoureusement. Bientôt, il ne resta plus que deux petit amas recroquevillés sur eux-mêmes, grésillants et fumants.

Raide, le cavalier marcha jusqu'à sa monture, sortit d'un sac une robe de coton blanc qu'il déchira avec rage pour en faire des bandages qui rougirent instantanément au contact des hémorragies de ses deux plaies profondes. Il but une rasade d'alcool fort dans une gourde, et mâchonna une pâte brunâtre au parfum âcre. Alors seulement avec un grimace, il enfourcha sa monture et partit au petit trot dans la nuit grandissante. Pas un instant, il ne se retourna sur le terrifiant champ de bataille que baignait maintenant la lueur des lunes montantes.

Plus personne n'était là pour entendre sa voix, maintenant éteinte et défaillante, répéter en murmurant :

- Comment vivras-tu avec l'idée d'avoir tué une innocente ? Et plus personne n'était là pour voir une larme unique rouler le long de sa joue.

Et plus personne n'était là pour voir à sa garde une sorte de frémissement joyeux et tentaculaire.
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